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Syndrome de la deuxième victime

Dernière mise à jour : 8 janv.

Soigner les soignants


Le Syndrome de la seconde victime (SDV) est une notion élaborée par Albert Wu au début du XXI e siècle, et désigne les traumatismes psychiques potentiellement subis par les professionnels de santé suite à des incidents médicaux indésirables, des erreurs médicales ou encore un décès de patient.


 

« Tout chirurgien porte en lui un petit cimetière dans lequel il va de temps en temps faire oraison. Cimetière d’amertume et d’hysope, auquel il demande la raison de certains de ses insuccès ». Cette citation du chirurgien Henri René Leriche révèle une réalité. Environ 50 % des professionnels de santé sont confrontés au syndrome de la seconde victime à un moment de leur carrière.


Bien que tous les acteurs de santé puissent être affectés, certaines spécialités semblent plus à risque, en particulier les chirurgiens généraux, les anesthésistes et les spécialistes en traumatologie. La littérature stipule que le développement du SDV peut être influencé par de multiples facteurs, notamment l’événement lui-même, l’environnement de travail et l’état mental et physique du professionnel au moment de l’incident.


Quels sont les effets ?


Les professionnels qui subissent le SDV font face à une souffrance psychique profonde pouvant s’étendre sur plusieurs semaines, mois, ou même plusieurs années. Des sentiments tels que la culpabilité, la tristesse, la honte, la colère et la démotivation sont couramment ressentis. Cette détresse peut se traduire par des symptômes similaires à ceux du trouble de stress post-traumatique, comme des flashbacks de l’événement, des insomnies, des crises d’anxiété, et des émotions intenses.


Ces symptômes peuvent conduire le professionnel à remettre en question ses compétences, et même à envisager de quitter son métier. Les études qui ont analysé le lien entre le SDV et le burn-out ont observé une augmentation des sentiments de désespoir, d’impuissance et de déconnexion professionnelle, entraînant une diminution de la satisfaction au travail et un épuisement émotionnel.


Ces épreuves n’affectent pas uniquement le professionnel en question. La qualité des soins apportés aux futurs patients peut également s’en trouver affectée, un phénomène qualifié de « quatrième victime » dans la littérature.

Quant à la « troisième victime », elle se réfère à l’établissement de santé lui- même, qui peut voir sa réputation entachée suite à l’incident. Par ailleurs, le syndrome peut se propager au sein de l’équipe de soins, créant un sentiment de perte de contrôle pouvant affecter les prises de décision et générer des comportements de vérification obsessionnels et autoritaires.


Comment venir en aide ?


En dépit de ces défis, il est essentiel de rappeler que des stratégies existent pour aider ces professionnels à surmonter leurs traumatismes. Tout comme il existe des premiers secours pour les blessures physiques, il est tout à fait possible d’apporter une aide d’urgence aux blessures psychiques. Ces stratégies visent à apaiser le système nerveux et à aider le professionnel à gérer ses émotions, facilitant ainsi la digestion de l’événement vécu.


En ce qui concerne les soins d’urgence immédiats en cas de débordement émotionnel extrême, les techniques d’ancrage sont particulièrement efficaces. En voici quelques-unes : nommer cinq objets dans la pièce ;une certaine couleur, pratiquer des exercices de respiration profonde, stimuler le corps en faisant des passes avec un objet ou en se tenant sur les talons, sentir des odeurs agréables, ou s’imaginer dans un lieu apaisant.


Une fois le calme retrouvé, il est crucial d’encourager le professionnel à partager ses émotions et repositionner l’évènement dans le temps. Des débriefings avec les équipes peuvent aider les acteurs de santé à donner du sens à ce qu’ils ont vécu et à valider le caractère traumatique de l’événement afin de normaliser l’état de détresse ressenti. Leur utilisation doit être prudente, et idéalement guidée par un professionnel. Il est essentiel de privilégier une approche individualisée car chaque soignant adoptera une stratégie d’adaptation différente.


Si les symptômes de stress post-traumatique persistent ou s’aggravent, il est recommandé d’orienter la personne concernée vers un professionnel de la santé mentale pour un traitement approprié.


La responsabilité de chacun


Les perceptions du public peuvent alimenter un climat de stigmatisation et de honte, aggravant ainsi le traumatisme subi par les professionnels. Ces « caregivers » se confrontent à une réalité où l’erreur médicale percute violemment leur ethos guidé par l’engagement de « sauver » ou « aider autrui ».


Face à cet idéal de perfection, chaque faux pas se transforme en une tâche indélébile sur le blason de l’infaillibilité. C’est là que l’approche sociétale intervient : une attitude plus empathique, fondée sur la compréhension et le soutien, peut contribuer à atténuer l’effet dévastateur de ces erreurs perçues et d’offrir un espace de résilience aux professionnels. Au final, il est crucial que les institutions médicales reconnaissent et prennent en charge le SDV.


Des ressources comme les cellules d’Urgence médico- psychologique (CUMP) où les psychologues internes peuvent être déployés pour soutenir ces professionnels en difficulté. En amont, des formations axées sur la gestion du stress et la communication empathique peuvent outiller ces professionnels à mieux gérer ces situations. En aval, la mise en place d’un système de soutien par les pairs, où des collègues ayant traversé des expériences similaires partagent leur expertise, pourrait offrir un réconfort essentiel à ceux confrontés au SDV.


Publié sur



Rédigé par Mélissa COYETTE

Psychologue clinicienne, ex-JSP et sapeur-pompier volontaire,

Spécialisée en psychopathologie, psychologie de la santé et psycho

traumatisme. Formée en EMDR et ICV, elle dirige aujourd’hui son propre

cabinet libéral à Paris 8. Membre de l’AEPSP, elle dédie sa pratique au

soutien des professionnels d’urgence ainsi qu’aux individus ayant subi

des traumatismes.


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